Ah Chaumont ! Seconde "grande ville" sur le canal de la Bourgogne à la Champagne en venant du Sud, et préfecture de la Haute-Marne... Seconde déception après Langres. Le "port de la Maladière", en fait un simple quai, est fermé en hiver lui aussi. A part l'amarrage et les poubelles, il ne faut rien en attendre. Je me demande d'ailleurs à quel point la dénomination de port n'est pas usurpée : depuis 30 ans que je navigue sur les mers du monde, ce qu'on appelle un port est ouvert toute l'année et pas seulement pendant la belle saison. J'ai contacté la mairie pour avoir un accès à l'eau, sans succès... Nous avons dû jouer les SDF et aller quémander 2 jerrycans d'eau auprès de la péniche "Petit Gabriel" qui réside à l'année et qui, à ce titre, possède la clé de la vanne d'eau (et dispose aussi d'un branchement électrique le veinard...). Puis au cimetière, nous avons rempli un tank de 100l en plusieurs allers et retours en échange d'une bouteille de vin. Enfin, au départ, nous avons encore demandé 40l à la maison départementale des pêcheurs sur le quai qui ont un superbe bâtiment chauffé avec plusieurs salariés "à l'année". Ça gâche un peu le séjour
Pour nous, pauvres navigateurs, une petite capitainerie fermée, pas de douche ni de laverie, pas de chauffage dans une zone qui est loin d'être la plus chaude de France... Si la navigation sur le canal de Champagne à la Bourgogne est plaisante et correspond bien à nos attentes, le faire en hiver se transforme en parcours du combattant, juste parce que certains veulent économiser un demi salaire vu qu'il n'y a personne qui navigue. Et il n'y a personne qui navigue parce que tous les services à la plaisance sont fermés. C'est le cercle vicieux. Incompréhensible même pour le personnel de VNF qui nous ont avoué ne pas comprendre ces choix, alors que eux font tout leur possible pour rendre notre passage agréable et accourent si une porte d'écluse est bloquée ou si un pont ne s'ouvre pas.
Bref, à part ces petits aléas, nous avons accueilli tant bien que mal des amis Belges qui sont descendus en voiture profiter de notre proximité (relative) pour passer un week-end de 4 jours sur le Mouez Avel. Grosses parties de rigolade et bonnes bouffes, visites de Chaumont et retour en voiture à Langres dans de meilleurs conditions. C'est une ville qui vaut le coup d’œil, nous aurions été déçu de rater ça. Visite de la cascade pétrifiée près de Rolampon et de la source de la Marne tout près du souterrain de Balesmes. Aussi la recherche du fort de Vercingétorix (encore en construction...Je plaisante, en réfection

). Haut lieu de batailles et d'enjeux territoriaux depuis des temps immémoriaux. Découverte de Joinville et sa halte fluviale (où je constatai avec plaisir qu'il y a une borne CB pour acheter du courant et de l'eau). Enfin une visite à Andelot où j'ai passé les vacances de mes jeunes années. Ne cherchez pas, c'est tout petit et même pas au bord du canal ! Mais le Rognon, qui traverse le village coulait dru !
La Halte de Chaumont est à 10min à pied d'un important centre commercial par le chemin de halage. Nous avons profité de la voiture de nos amis pour refaire le stock de nourriture, échanger une bouteille de gaz, remplir les réservoirs de GO et d'essence (pour le groupe électrogène). Merci à eux. C'était également le temps de faire la vidange moteur (150h depuis Port Saint Louis du Rhône). Escale importante donc, conclue par une douche prise à la piscine municipale faute de mieux.
Le canal de Chaumont à St Dizier est très beau, et même en hiver, c'est un régal pour les yeux. En été, ça doit être vraiment magnifique. D 'ailleurs, nous avons constaté une nette amélioration des haltes particulièrement à Froncles, Joinville (quoique plus chère que St Tropez : 50€/jour pour l'électricité !) ou la nouvelle halte de Chamouilley PK39,5 (Cf. le paragraphe Canal de la Bourgogne à la Champagne de ce site, plus détaillé). Plus de péniches aussi, habitées ou non. Plus d'herbes montant du fond et qui doivent être une calamité en été. Comme quoi, ça a du bon de naviguer en hiver !
Sur le conseil avisé de Jean Pierre, nous avons écourté l'escale de St Dizier (juste un stop pour le repas de midi) et avons en contre partie passé deux nuits à Orconte. La halte à été dégradée par des vandales et est fermée. VNF qui drague le canal en aval de l'écluse Bruyères n° 65, utilise des péniches pour déblayer les gravats. Celles-ci font des navettes de la drague à l'aval de l'écluse d'Orconte et cela animait le lieu. Discussions sympas avec les mariniers. Quel dur boulot, sous la pluie et dans le froid ! Nous sommes allés jeter un œil au lac du Der à quelques Km en vélo où j'ai fait mes premières armes en dériveur.
De St Dizier à Vitry le François, le canal s'assagit et s'étire en une ligne presque droite, mais pas monotone comme je le craignais. Il faut dire que le bateau (et l'équipage) sentait l'écurie et le décompte des écluses jusqu'à la n°1 du désert, nous poussait de l'avant. Pas mécontents tout de même de voir la fin de ce long canal mais pas peu fiers de nous en être sortis si bien. 20 jours et 114 écluses, malgré les difficultés de ravitaillement en eau et le manque de 220V donc de chauffage. Mais « on n'a pas eu d'hiver » comme nous l'a fait judicieusement remarquer l'éclusière du « désert » à qui nous avons rendu la télécommande (qui a très bien fonctionné soit dit en passant) ! On a tout de même gratté de la glace à l'intérieur du bateau sur les hublots certains matins...
Escale à Vitry avec le «port de plaisance» fermée comme de bien entendu, et même par une barrière flottante, peut-être pour que les quelques bateaux hivernant là ne puissent s'enfuir ?! Heureusement , un petit bout de quai à l'entrée de cette marina nous tendait les bras. 12 m environ, 2 ou 3 bollards et 1,9m de fond. Juste ce qu'il nous fallait. Pas de confort, mais nous avons l'habitude
Voila le récit du passage improbable du bassin Rhône/Saône au bassin Marne/Seine du Mouez Avel voilier quillard de 10m en plein mois de février. Les habitués souriront, les néophytes (comme nous) nous traiteront de fous. C'est faisable, même si ça été parfois dur particulièrement pour ma marinette qui en rapporte une grippe tenace et des souvenirs mitigés. Le bateau y a gagné quelques égratignures sans gravité sur la coque. Le capitaine à dû déboucher quelques fois le conduit de refroidissement moteur. Rien de grave. Nous sommes plus détendus pour passer une écluse qu'avant, et nous commençons à faire de nouveaux projets pour la Marne et la Seine qui nous attendent. C'est le principal.
Amitiés à tous